FEAR OF PARIS –ENGLISH SUBTITLES, 2016



 

 

La peur de Paris aurait pu être le premier long métrage de François Truffaut. Roberto Rossellini devait produire le film. Truffaut n’était alors qu’un jeune critique de cinéma. Après avoir défendu le cinéaste d’une cinquantaine d’années dans Arts et les Cahiers du cinéma, Truffaut devient l’assistant de Rossellini. Le projet voit le jour en 1956, pratiquement au terme de deux années de collaboration infructueuses entre les deux hommes. De nombreux projets se succéderont sans jamais aboutir, mais à chaque fois l’investissement du jeune Truffaut est total. La Peur de Paris ne dérogera pas à la règle mais sera certainement le projet le plus avancé, Truffaut en a écrit le scénario. L’histoire, quelque peu autobiographique, narre les aventures d’un jeune homme qui après son service militaire en Allemagne, vient habiter à Paris chez son oncle, un artiste aisé. Ce dernier, le fait entrer dans le milieu de la presse parisienne. Rapidement écœuré par tant de futilité, le jeune homme traversera de multiples tumultes professionnels et connaîtra la précarité. Dans un même temps, il est tiraillé par deux femmes diamétralement opposées, une femme mure qui est dans le monde de la nuit et une autre plus jeune à qui il porte un amour platonique.

 

En partant des premières lignes du synopsis, j’ai eu envie de me réapproprier cette histoire et d’y introduire des problématiques contemporaines. Le héros de ma réadaptation est un artiste au crépuscule de ses trente ans, un provincial ayant fait le choix de vivre à Paris dans le but de faire carrière. Il est en proie à l’ordonnance qu’il s’est lui-même prescrite plus jeune, réussir dans le milieu artistique. Devenu enseignant d’art dans un lycée de la banlieue parisienne, cette réussite semble d’année en année de moins en moins probable. Sans compter qu’il se positionne progressivement en dissonance avec les institutions culturelles. Les attentats, cette contrainte prosaïque, dont lui et son entourage ne s’autorise pas encore à trop extérioriser, s’additionnent comme un poids supplémentaire à ses doutes. Cette réalité use sa résistance et l’interroge sur le fait même de continuer à vivre à Paris, puisqu’ « il y aura d’autres attentats ».

 

Le projet, sorti des archives de François Truffaut, m’intéresse par le fait même qu’il n’a pas pu aboutir. Il est le témoin intime du désir qui anime le jeune cinéaste en devenir. Il rend compte de la difficulté à produire un film. C’est donc à partir d’un projet inabouti, qu’un autre prend forme. Fear of Paris – English subtitles se veut être un film français sous-titré en anglais dont le titre original, La peur de Paris, a était traduit pour sa diffusion à l’international. La traduction du titre en anglais, Fear of Paris, amène à déplacer son regard à l’extérieur de la France. Cette épée de Damoclès apparait centrale dans notre société contemporaine vue de l’étranger. Seulement le film n’existe pour l’instant que par ses 3 photogrammes. Trois images à défaut des centaines de milliers d’autres, nécessaires pour donner corps au long métrage. C’est en réalité un pastiche d’un drame français, d’une réadaptation du scénario de Truffaut sur grand écran.

 

Il revient à chacun de nous d’élaborer le film. Je pense que l’ellipse est le meilleur scénario possible, il faut l’entendre ici comme la meilleure chose à faire. La volonté d’emprunter un raccourci  pour évoquer un film m’a conduit à minimiser, voir évincer les problématiques liées à l’écriture, la production, la réalisation et à la diffusion du film. Il n’en reste plus qu’une trace précaire, son évocation, comme le ferait une illustration dans un article, une image trouvée sur internet.